vendredi 22 mars 2013

Risquer sa peau à vouloir la blanchir


Images de peaux abîmées après un "cocktail" de cortisone et d'hydroquinone.

Images de peaux abîmées après un "cocktail" de cortisone et d'hydroquinone.

Contrairement aux populations à peau blanche séduites par la course au bronzage, de plus en plus de femmes à peau noire cherchent à se blanchir la peau. Une pratique à haut risque, qui a pourtant gagné la planète entière.
Né aux États-Unis dans les années 1960, le phénomène ne cesse de s'étendre. Si une peau claire est toujours synonyme de beauté et de réussite sociale dans certaines sociétés africaines et asiatiques, les jeunes femmes sont également influencées par les stars issues de la société du spectacle, dont la peau est toujours plus claire.
Pour se blanchir la peau, elles utilisent des produits fortement toxiques, sans forcément avoir conscience du danger qu'ils représentent. Si le phénomène est un véritable problème de santé publique dans certains pays d'Afrique, les pays occidentaux ne sont pas épargnés. La France a d'ailleurs lancé, ce mardi, une grande campagne de sensibilisation aux dangers inhérents au blanchiment de la peau.

"Il existe deux techniques radicales pour se faire blanchir la peau, toutes deux extrêmement dangereuses pour la santé"

Khadi Sy Bizet est médecin à Paris, spécialisée dans les problèmes dermato-esthétiques des peaux noires. Elle est l'auteur du "Livre de la beauté noire", publié chez Jean-Claude Lattès.
Il existe deux techniques radicales pour se faire blanchir la peau. Toutes deux sont extrêmement dangereuses pour la santé.
La première utilise la cortisone, qui détruit l'épiderme. Le problème, c'est que le produit passe aussi dans le sang et crée une forte dépendance. La plupart des femmes qui y ont eu recours ont fait des dépression et ont eu de sérieux problèmes de peau.
L'autre méthode consiste à s'enduire un produit à base d'hydroquinone, un produit extrêmement cancérigène interdit en France. On ne le trouve que via les réseaux de contrebande.
La légende veut que les hommes noirs préfèrent les femmes au teint clair, mais c'est faux. Si le problème est sérieux à Paris, en Afrique c'est une vraie question de santé publique, qui touche tous les pays, pas seulement les francophones. Le phénomène est né au Ghana, où les prostituées étaient les premières à se faire blanchir la peau.
Les produits qu'on trouve en vente libre en France ne blanchissent pas réellement la peau. Il faut bien comprendre que changer de couleur de peau, c'est aller contre la nature."

"Pour certains, la peau claire reste toujours un signe extérieur de richesse et de réussite sociale"

Hermann travaille dans la publicité, à Abidjan.
Le problème du blanchiment de la peau n'est pas nouveau, mais il est en pleine expansion. Tout le monde s'y met. Le phénomène est en partie dû aux nombreuses campagnes de publicité qui présentent des femmes au teint clair.
Les autorités ivoiriennes sont laxistes. Elles avaient fait passer des lois pour réguler ces publicités et interdire la vente des produits dangereux, mais rien n'a changé.
Le phénomène du blanchiment de la peau est décrié par beaucoup d'hommes en public mais, en privé, certains disent préférer les femmes au teint clair.
Le problème ne concerne pas seulement les pays d'Afrique, il touche l'ensemble de la population noire. Pour certains, la peau claire reste toujours un signe extérieur de richesse et de réussite sociale.
Nombreuses sont les femmes qui n'hésitent pas à s''arranger le teint', comme on dit ici. Cela va de la pré-adolescente à la grand-mère."

L'industrie du cinema africain ( Nollywood ) à la dérive.



L'industrie du cinema africain ( Nollywood ) à la dérive.



Les valeurs de divertissement pur de films africains que nous aimons tous sont la raison principale pour laquelle les fans passent d'innombrables heures à regarder des films presque tous les jours. C'est une célébration de la culture africaine et le meilleur de l'industrie. Mais si cela se traduit par des transgressions sans fondement et que l'industrie veux aà tout pris copier certaines industries qui ont une certaines manière de faire, qui est très désagréable et pas en harmonie avec tout ce qui est synonyme de Nollywood?

Devrions-nous tous être tranquille et permettre que cela continue? Ou au lieu de commencer à envoyer un message fort aux producteurs qu'il devrait y avoir des limites sans cela le taux de désabonnement ne ferons que baisser. Même si ces affiches sont uniquement à des fins de marketing, les téléspectateurs ne le méritent pas.
Devraient-ils pas respecter les fans qui achètent ces films avec de l'argent durement gagné?


S'il vous plaît élevons la voix avant que cette industrie Nollywood qui a commencée avec les valeurs africaine ne soit détruit

CONFÉRENCE: UNE LITTÉRATURE TOGOLAISE À LA CROISÉE DES CHEMINS

La littérature togolaise monte en quantité et en qualité, mais l’édition et la critique demeurent ses faiblesses,  lourd handicap pour son envol véritable.

VLUU L200  / Samsung L200


La littérature togolaise existe bel et bien, en tout cas celle en langue française ; elle est même écrite en plusieurs langues dont l’italien et l’anglais. Sa naissance remonterait même en 1929, année de L’Esclave de Couchoro (grande querelle entre Togolais et Béninois sur cet auteur). Finie donc la polémique insidieuse de Kossi Efoui sur l’existence d’une littérature africaine et partant togolaise. Unanimisme. Le sujet d’actualité c’est de connaître la destinée d’une telle littérature, justement le thème de la 3ème conférence de Plumes Francophones : Où va la littérature togolaise : production, réception et questions de genre. Une conférence animée par des universitaires Jean-Jacques Dabla, Koffi Anyinefa, Prosper Deh et Kangni Alem. Un plateau assez relevé, tous les conférenciers sontauteurs, essayistes, ayant écrit un ou plusieurs ouvrages sur la littérature africaine ou togolaise.
Longtemps reléguée à la marge de la littérature africaine avec la publication d’une poignée d’auteurs, la littérature togolaise connaît une émergence depuis le début des années 1990.  Des auteurs reconnus à l’étranger par des prix (Sami Tchak, Kossi Efoui, Edem Awumey, Kangni Alem) participent de cette renaissance tandis que d’autres  en Europe et aux Etats-Unis publient dans d’autres langues, même s’ils sont très peu ou pas du tout traduits en français. A l’intérieur du Togo, on constate également l’arrivée de jeunes auteurs, la production d’œuvres de qualités diverses, parfois franchement très médiocre.  Sur ce point précis, Kangni Alem suggère à la nouvelle Association des écrivains togolais (AET) la création d’une revue de littérature pour aider à l’émergence de jeunes auteurs. Pour l’auteur de Cola Cola Jazz, c’est souvent par ce canal- notamment celui de la Revue Noire et Le Serpent à Plumes-  que de nombreux auteurs togolais ont été détectés par de grands éditeurs en France. Reste à savoir, si l’AET peut relever un tel défi.
D’où la question problématique de l’édition.  L’édition reste le talon d’Achille de cette littérature montante et une réforme indispensable enraierait   une production en deçà des attentes. Deux maisons d’édition occupent le haut du pavé. La très volontariste quoique peu professionnelle Awoudy (un catalogue relevé après quatre années d’existence) et la professionnelle et moins ambitieuse Graines de pensées dont le public attend un relèvement du niveau de l’édition. Pour l’instant, l’édition joue dans le registre du droit d’auteur, toute la machine commerciale n’est réellement pas mise en œuvre pour lapromotion de l’auteur. Les livres sont produits et très peu connus, même si on évolue dans un environnement culturel caractérisé par l’absence d’une volonté publique quant à la promotion du livre et de la lecture. En ce sens, les conférenciers et les participants ont déploré la non-application de la ratification de l’Accord de Florence sur la circulation des biens culturels et scientifiques.
Un autre défi à relever pour la littérature togolaise reste celui de la réception, surtout la critique journalistique et universitaire. Sur ce plan, le registre est presque désert. La critique journalistique, parfois promotionnelle, ne manque pas en ce qui concerne les œuvres publiées en France ou à l’étranger, mais, sur le plan national, il n’y a aucune institution existante. La presse déjà pauvre en qualité demeure très déficitaire quand il s’agit de relayer les productions littéraires.
La critique universitaire  au Togo est pointée du doigt en ce domaine par Koffi Anyinefa du Collège Haverford, Etats-Unis. Une fainéantise et un manque de passion sont à la base de l’absence d’études sur les œuvres togolaises. La plupart des universitaires veulent avoir un intérêt matériel ou pécuniaire avant de réaliser des études sur les auteurs togolais. Conséquence : Kossi Efoui est le seul auteur qui rassemble la grande partie de la critique universitaire sur la littérature togolaise. Son théâtre et son roman relèvent d’un grand intérêt pour la critique universitaire en France. On peut également citer Sami Tchak sur qui vient d’être fait un essai. Mais d’une manière générale, la critique est quasi absente voire déserte en ce qui concerne la littérature togolaise. Il en est de même de la traduction de nombreuses œuvres togolaises écrites dans des langues étrangères.
Koffi Anyinefa et Kangni Alem en appellent à un sursaut dans ce domaine. Seront-ils entendus ?

mardi 5 mars 2013

SERIES TELEVISEES MADE IN AFRICA : Bonne volonté, mais qualité approximative pour le marché international


SERIES TELEVISEES MADE IN AFRICA : Bonne volonté, mais qualité approximative pour le marché international
Le règne de la vidéo permet de nos jours de produire des séries télévisuelles à faibles budgets. Si le marché intérieur est souvent satisfait, ce n’est pas le cas au niveau international. Un projet piloté par CFI veut aider à y remédier.
‘’Kadi jolie’’, ‘’commissariat de Tampy’’,’’ l’avocat des causes perdues’’,’’ les bobodiouf’’, ‘’supers flics’’, ou encore ‘’l’as du lycée’’, ‘’affaires publiques’’… Ce sont là quelques exemples de séries télévisées produites, réalisées et diffusées au Burkina.
Des séries qui, à l’image de ce qui se fait ailleurs sur le continent, ont grandement contribué à valoriser le potentiel créatif local. Démontrant ainsi que la concurrence peut représenter un bon stimulant.
Du reste, la demande est forte en ce sens, et tend même à confirmer qu’il existe effectivement un public cible qui est très demandeur de ce genre de projets.


   Qualité et recherche de débouchés                                                                                               

Si d’une manière générale, les publics pour lesquels ces séries sont produites sont satisfaits, il reste un défi de taille : celui de la conquête du marché international.

Et pour cause le cinéma est une industrie qui se caractérise par la rencontre de l’offre et de la demande. Par conséquent, il faut pouvoir satisfaire à un minimum d’exigences pour espérer trouver sa place.
Malheureusement certains marchés, européens notamment, ont très souvent des normes techniques que n’arrive pas à satisfaire certains produits.

« L’Afrique en séries »

Conçu par Canal France International (CFI) avec l’appui financier de l’Union Européenne, le programme baptisé « L’Afrique en séries », est coordonné par le secrétariat des Etats ACP, à travers sa branche culture.
Il vise à participer selon ses initiateurs, à la montée en puissance de l’industrie des séries télévisées en Afrique subsaharienne.
Trois pays ont ainsi été choisis. Il s’agit du Cameroun, du Ghana et du Burkina. Leur riche expérience en matière de production ayant sans doute plaidé en leur faveur.
Notons que le programme va s’étaler sur deux ans et inclura 12 ateliers de formation qui bénéficieront à une centaine de professionnels des pays ci-dessus cités.
Juvénal SOME

Saint Pierre Yaméogo : « J’ai été censuré par le FESPACO »


Saint Pierre Yaméogo : « J’ai été censuré par le FESPACO »



Lefaso.net : Le FESPACO s’est achevé avec le sacre du cinéaste sénégalais, Alain Gomis. Comment avez-vous vécu cette fête du cinéma ?
Saint Pierre Yaméogo : J’ai vécu le FESPACO avec tristesse. Pas parce que je suis un peu aigri mais je mepose toujours la finalité, le but et le public cible des films que je fais. Puisque je suis exclu à chaque fois que je veux prendre part à la compétition au FESPACO. Si je ne donne pas mes films, des gens trouveront que je suis apatride mais si j’en donne aussi, mes films ne sont jamais retenus. Ce qui me convainc que le FESPACO préfère les cinéastes étrangers aux nationaux. Je m’en veux pour preuve que Adjouma Somé a été membre du jury d’un festival au Maroc. Mon film « Bayiri » concourrait avec « Tey ». Il peut même confirmer que j’ai remporté le 1er prix à ce festival. « Tey » avait eu un prix d’interprétation. Mais je sens que le Burkina ne protège pas assez ses cinéastes. Car si c’était un problème de censure, je pense que le film ne devait pas sortir en salle à plus forte raison être projeté en hors compétition au FESPACO. Le faire est une insulte à un cinéaste qui a fait ses preuves dans le monde. Les organisateurs du FESPACO avaient le droit de le retenir pour la compétition ou ne même pas en tenir compte durant tout le festival. Mais ils ont mis mon film hors compétition sans raison. Le film a moins de deux ans et il n’est pas censuré. S’ils ne veulent pas me défendre parce qu’ils n’aiment pas ma tête, ce n’est pas grave puisqu’un ministre ou un délégué du FESPACO n’a pas à tenir compte de la personnalité de quelqu’un pour le censurer. J’estime que j’ai été censuré et à travers moi, c’est Apolline Traoré qui a été brimée. Parce que le « olala ! Pourquoi Apolline et pas Pierre » des gens a desservi Apolline Traoré. A cause du FESPACO, j’ai perdu. Et je ne comprends pas pourquoi le Burkina qui est la terre d’asile du cinéma et ses cinéastes ne sont pas reconnus. Ce qui est sûr, dans quelques jours, j’irai dans d’autres festivals et je pense que mes talents seront reconnus là bas.
La moisson a été maigre pour le Burkina à cette édition du FESPACO…
Oui. Je considère que le Burkina n’a pas eu ce qu’il mérite si on avait retenu beaucoup d’autres œuvres. Pour dire vrai, le prix de la meilleure interprétation féminine est un prix de compassion. Parce qu’il fallait faire quelque chose pour le Burkina, on a grouillé ce prix pour elle. Sinon elle aurait pu avoir un autre prix. Mais comme il y a eu injustice et que les gens étaient indignés, il ne pouvait que traiter Apolline en deçà de ses compétences. Les festivaliers qui sont venus dans mon espace culturel, se sont indignés du fait que le FESPACO ait rejeté mon film. Ils ont estimé qu’on avait favorisé Apolline à mon détriment. Alors que s’ils m’avaient discrètement demandé de ne pas me présenter au profit d’Apolline, je l’aurais accepté. Mais en agissant, ils nous ont-Apolline et moi-pénalisés. Je me demande bien quel argument ils pourraient avancer pour demander au gouvernement de financer le cinéma burkinabè. Cette situation me fait croire que le FESPACO est un festival à destruction massive du cinéma burkinabè. Je trouve d’ailleurs que le ministre et le délégué général du FESPACO n’ont pas fait leur travail.
Pensez-vous qu’il y ait des raisons politiques qui ont poussé le FESPACO à rejeter votre film ?
Certainement. Sinon je ne peux pas expliquer cela autrement. C’est peut-être ma personne qui ne plait pas mais je m’en préoccupe peu. On ne peut pas plaire à tout le monde. Pourvu qu’on plaise aux gens bien. On ne peut pas parler uniquement en mono, il faudra aussi le faire en stéréo. C’est ainsi qu’on fera avancer les choses. On nous pousse à parler comme des aigris. Fort heureusement que je n’en suis pas un. Je parle juste dans l’espoir de voir les choses s’améliorer. Mais j’ai honte pour le Burkina. Même Oumar Dagnon, jeune réalisateur burkinabè, dont le film documentaire a été primé à l’étranger n’a pas été retenu. Je ne sais plus quel cinéma, ils veulent promouvoir.
Quels sont les risques pour un film comme « Moi Zaphira » qui a fait une première grande sortie infructueuse au FESPACO ?
Le FESPACO est un festival de films de 2e main. Aucun cinéaste africain ne prendrait le risque de présenter son film en grande première mondiale au FESPACO. Parce que si le film échoue au FESPACO, c’est aussi fini pour la suite. Quand bien même vous remportez l’Etalon d’or, sa valeur intrinsèque est la somme de 10 millions de francs CFA qu’Alain Gomis a obtenue. Mais les lauréats dans les autres festivals sont connus et leurs œuvres sont recherchées à travers le monde. Lorsque je rencontrerai les gagnants au FESPACO dans d’autres festivals, je suis sûr de leur mettre la poussière. C’est donc un risque de présenter son film en grande première mondiale au Burkina. Les cinéastes le savent maintenant. Les réalisateurs se battaient avant pour le faire. Mais seulement après le FESPACO, personne n’en voulait. Même un cinéaste burkinabè avait son film fini mais il ne l’a pas amené au FESPACO. Il a dû inventer des raisons pour s’esquiver. Il connait aussi les risques.
Quel est le problème spécifique du FESPACO dans ce domaine ?
Les réalisateurs des autres pays pourraient peut-être prendre ce risque. Mais les Burkinabè ne le voudront pas. Parce que les autorités ne soutiennent pas les cinéastes. Les autres savent que le FESPACO est aussi un lobbying. Au point que les prix spéciaux s’achètent. Ce ne sont pas des prix qui ont de l’importance. On m’en a déjà proposé une fois. Mais ce n’est pas mon genre et j’ai refusé. Je vais taire les noms de ces personnes mais je dirai les noms au moment venu. Mais je ne crois pas que le jury de cette année ait été influencé par qui que ce soit. En parlant de la vente des prix spéciaux, je me rappelle qu’une fois j’ai démissionné d’un jury que je présidais lors d’un festival en Egypte parce que la consigne était qu’il fallait octroyer les prix bien payés aux cinéastes égyptiens et ceux qui étaient constitués seulement du trophée aux étrangers. J’ai claqué la porte sans même leur dire au revoir. Mais au Burkina, les gens font totalement le contraire. Et j’ignore si c’est parce qu’ils sont tous des cinéastes et qu’ils n’arrivent pas à produire qu’ils se comportent ou quoi.
« Tey » a remporté l’Etalon d’or de Yennega. Etes-vous d’accord avec le choix du jury ?
C’est le jury qui décide. Mais si tous les films capables de remporter l’Etalon d’or avaient été retenus, je suis sûr qu’il n’aurait pas eu ce prix. Ou même s’il l’avait eu, il aurait été content. Mais là, je ne suis même pas sûr qu’il soit content que des films qui l’avaient battu dans d’autres festivals soient rejetés pour qu’il gagne. Je suis sûr d’une chose, si « Bayiri » n’avait pas été rejeté, je ne sortirais pas bredouille.
Le jury a justifié sa décision par l’originalité du sujet…
Il est clair que le sujet est très original. Mais le traitement n’a pas été bien fait. C’est la raison pour laquelle les cinéphiles n’ont pas compris le film. En tant que professionnels, nous n’avons pas approuvé ce film. Lorsque nous l’avons vu à un autre festival, nous n’avons aimé le film et nous le lui avons dit. Pour le FESPACO, ce n’est pas le film qui devait être primé. Il pouvait avoir d’autres prix mais pas l’Etalon d’or de Yennega. Parce que les Africains ont besoin de films qu’ils comprennent. Alain Gomis est un petit frère, très poli et pour qui j’ai beaucoup de respect. J’ai eu l’occasion de lui dire que le sujet est très original pour être traité de cette façon. Je lui souhaite, du reste, bon courage pour la suite.
Des spécialistes avaient pourtant prédit pour « La Pirogue » ou « Les chevaux de Dieu »…
Parce que ce sont des films qu’on comprend facilement. « La Pirogue » est très didactique, « Les chevaux de Dieu » est très compliqué mais très actuel. Et je ne m’explique pas qu’il soit sorti bredouille à ce FESPACO. Mais c’est le Jury qui décide.
Croyez-vous que le FESPACO pourra avoir un jour le niveau du festival de Cannes ?
Jamais ! Parce qu’à Cannes, on vend des films. Un prix à Cannes te donne accès à des distributeurs. En cela, il y a un bilan des ventes qui est établi chaque année. Il n’y a aucun bilan d’acheteurs ou de distributeurs parce qu’ils ne viennent pas. Le FESPACO est un festival politique. J’ai vu un ministre, parce qu’il devait aller remettre un prix et qu’il a été refoulé par le protocole, est venu s’asseoir dans mon espace ici.                                                                                                                                                                                                       Je disais donc qu’un prix à Cannes rapportait beaucoup plus que le FESPACO. Et c’est mieux organisé là bas.
Un ministre de quel pays ?
Ce qui est sûr, il n’est pas Burkinabè et je veux bien taire le nom de son pays.
Que faut-il faire concrètement ?
Que les politiques nous laissent organiser le FESPACO. Lorsque les hommes politiques seront là, le protocole ne peut que dégager les gens pour leur laisser la place. Cela nous empêche de travailler. Si les politiques veulent s’occuper, ils ont le 11 décembre (la fête nationale du Burkina), les différentes soirées gala qui ont lieu presque toutes les semaines. Ils ne peuvent pas tout avoir. Ils n’en ont d’ailleurs pas le droit.
Jacques Théodore Balima








mercredi 27 février 2013

L'Afrique du Sud malade de ses viols

JOHANNESBURG  Le viol collectif particulièrement sauvage d'une adolescente sud-africaine, abandonnée mourante après avoir été éventrée, a rappelé à l'Afrique du Sud qu'elle détenait le triste record mondial du nombre de viols, des mouvement de protestation récurrents n'y changeant pas grand-chose.

L'Afrique du Sud malade de ses viols
Deux des auteurs présumés de ce "viol en réunion" devaient comparaître mardi pour demander une libération sous caution.
Le calvaire d'Anene Booysen, le 2 février dans la petite ville de Bredasdorp (sud-ouest), a écoeuré le pays.
Cette jeune fille de 17 ans a été violée en sortant d'un pub par un groupe d’hommes – dont faisait partie son ex-petit ami, selon l'accusation -, éventrée, éviscérée. La victime a été découverte agonisante par des agents de sécurité et elle est morte à l'hôpital quelques heures plus tard, après avoir dénoncé l'un de ses agresseurs.
Mais comme à chaque fois qu'un viol particulièrement affreux suscite l'indignation, le soufflé est vite retombé. Les médias et le public se sont passionnés pour l'affaire du champion handisport Oscar Pistorius, accusé du meurtre de sa petite amie, et ont oublié le drame de Bredasdorp.
"Je crois que l'indignation publique a été largement conduite par les médias, ce qui est aussi un problème car ils ne se concentrent que peu de temps sur un sujet", juge Lucy Holborn, chercheuse à l'Institut sud-africain des relations entre les races (SAIRR).
Dans la tempête de réactions qui a suivi le drame, le président Jacob Zuma a condamné un crime "choquant, cruel et inhumain". L'opposition a organisé une (petite) manifestation devant le Parlement, la Ligue des femmes de l'ANC (le parti au pouvoir) a "appelé à l'action" et la fédération syndicale Cosatu a lancé un vaste brainstorming pour trouver des solutions.
Mais la tâche est rude.
"De nombreux Sud-Africains sont victimes de leur histoire et de leur situation économique. Le chômage et l'abus de drogues ajoutent un ennui enivré à une culture sociale qui semble donner aux hommes un droit aux corps des femmes. Rien de tout ça ne peut être changé du jour au lendemain", s'est désolé dans un éditorial le journaliste Stephen Grootes.
"La brutalité et la cruauté contre des femmes sans défense est inacceptable et n'a pas sa place dans notre pays", a déclaré le président Zuma devant le Parlement le 14 février, appelant à "une unité d'action pour éradiquer ce fléau".
Mais le chef de l'Etat n'a pas annoncé de mesures concrètes. Lui-même a déjà été jugé pour viol, et acquitté. Il a nommé à la tête de la Cour constitutionnelle un juge qui avait réduit les peines de violeurs. Et le centre d'assistance aux victimes a failli fermer il y a quelques mois, faute de moyens.

vendredi 22 février 2013

Ils fument la chicha

Le narguilé séduit les adolescents.
Fumer cette pipe orientale entre amis séduit les adolescents, mal informés des risques d’une telle pratique


 « J’ai trouvé dans les poches de mon fils de 13 ans une pochette de tabac pour narguilé et du papier d’aluminium », « À 16 ans, ma fille fume la chicha avec ses copains dans un parc ou lors de soirées »… Sur les forums, de nombreux parents font part de leur inquiétude. La chicha, ou narguilé, est une pipe constituée d’un long tuyau communiquant avec un vase rempli d’eau que la fumée traverse avant d’arriver à la bouche. Cette pipe à eau s’utilise avec un mélange de tabac et de mélasse aromatisée (dénommé tabamel) destinée à donner à la fumée une saveur et un arôme fruité.
Traditionnellement utilisée en Afrique, Asie et Moyen-Orient, la chicha s’est popularisée ces dernières années avec l’ouverture de bars à chichas en Europe. On dispose de peu d’études récentes sur la consommation, mais selon le Baromètre 2010 de l’Inpes, l’âge le plus à risque est entre 15 et 19 ans (13,4 % d’entre eux fument la chicha de façon occasionnelle ou régulière, contre 2,9 % des adultes). 
Cet engouement a fait réagir l’OMS qui note que « le narguilé est non seulement un risque sanitaire, mais constitue aussi une porte d’entrée dans le tabagisme ». D’autant que certains jeunes détournent le mode d’emploi de base, en la consommant avec un mélange de cannabis et de tabac. « On fume en soirée entre amis avec une chicha qu’un copain a rapportée du Maroc. Parfois on met de l’alcool à la place de l’eau », raconte Laura, scolarisée en terminale. Comme de nombreux adolescents, elle est mal informée des risques de cette pratique, à commencer par le passage de l’embout d’un consommateur à l’autre :  « On n’inhale que des vapeurs d’eau », « ça contient des extraits de fruits », « il n’y a pas de nicotine », entend-on couramment… 
Selon Bertrand Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme (OFPT), auteur avec Jean-Yves Nau, de Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha (Éd. Margaux Orange,) le volume d’une bouffée de chicha est plus de 20 fois supérieur à celui pris d’une bouffée de cigarette et 40 bouffées d’une seule chicha intoxiquent autant que 2 paquets ! Un test réalisé par 60 millions de consommateurs en partenariat avec le Comité national contre le tabagisme (CNCT) en 2011 alertait aussi sur la composition des tabacs à narguilé parfumés pour séduire un public jeune. Dans l’un d’entre eux, parfumé à la pomme, le taux de sucre était de 37 %, et les arômes de vanille se trouvaient à des concentrations de 2 à 5 fois supérieures à celles autorisées pour la cigarette.

À NOTRE AVIS

À force de répéter – non sans raison ! – les effets nocifs de la cigarette, il n’est pas impossible que les parents aient, sans le vouloir, favorisé l’utilisation du narguilé, d’autant que les jeunes sont séduits par son côté ludique et convivial… Face à la difficulté d’interdire (ce qui n’aura pas forcément l’effet escompté et est difficile à mettre en œuvre, puisque la chicha se fume rarement devant les parents), mieux vaut informer l’adolescent et l’interroger sur ses motivations à fumer. 
Il peut aussi être utile de s’assurer qu’il connaît la toxicité et les conséquences d’une telle pratique, à commencer par le fait de se « faire piéger » par le système marketing des industriels du tabac, qui s’ingénient à trouver des nouvelles saveurs aux noms apparemment anodins. Avec le risque qu’il y perde, non seulement sa santé, mais aussi, avec la dépendance, un peu de sa liberté. Un argument qui « porte » souvent plus, à cet âge, que celui de sa santé.
MARIE AUFFRET-PERICONE

vendredi 15 février 2013

Les Arnaques sur Internet


Qui n'a jamais reçu de message par internet l'incitant à prendre contact avec une soi-disant héritière... laquelle n'aurait besoin que d'une modeste somme pour payer les frais de justice nécessaires au déblocage du magot ? Le point sur toutes les petites et les grandes arnaques du web.
Faux banquier - Un e-mail vous demande de cliquer sur un lien pour confirmer les noms d'utilisateur et mot de passe de votre compte. Vous êtes alors redirigé vers une fausse plateforme. Les ennuis commencent.
Loterie bidon - Vous avez gagné le gros lot, vous annonce un e-mail. Pour toucher votre dû, vous devez verser un acompte ou encore dévoiler vos coordonnées bancaires. Inutile de préciser la suite. Surtout si vous n'avez jamais fait la démarche de jouer...
Opération héritage - Contacté par un riche héritier, vous devez verser un acompte et dévoiler vos coordonnées bancaires pour obtenir le versement d'une somme d'argent à mettre à l'abri... laquelle n'existe pas.
Made in Lagos - Vous recevez un e-mail d'une personne se présentant comme un opposant politique. Elle vous demande de l'aider à réaliser un transfert d'argent ou à sortir de son pays. Chimère ! Entre-temps, il aura fallu régler des frais de dossier ou payer des intermédiaires...
Fausse petite annonce - Un acheteur obtient l'expédition de l'objet qu'il dit vouloir acquérir. Au passage, il récupère les coordonnées bancaires du vendeur. Ou un faux vendeur encaisse le paiement d'un objet, mais ne le livre jamais.
Vidéo pirate - Des arnaqueurs profitent de la détresse affective d'une victime et la poussent à simuler un acte sexuel ou à s'exhiber devant une webcam. L'acte enregistré, le chantage commence.
Les « faux de l'amour » - Sous un profil fictif, le « brouteur » prétend aimer sa future victime et gagne son affection. Mais une série d'ennuis lui arrivent : perte de carte de crédit, vol de papiers d'identité, etc. L'amoureux, ou l'amoureuse, transi(e) vole au secours de la personne aimée et perd ainsi son argent.

Quelques règles de prudence

Pour éviter de se faire rouler sur internet, voici les précautions élémentaires à prendre.

1 - Protéger ses comptes personnels (e-mails, Facebook, Twitter...) avec des mots de passe différents. Ne pas utiliser sa date de naissance.

2 - Lorsqu'un e-mail émanant d'un d'inconnu sollicite une participation à une transaction financière, ne jamais répondre.

3 - Veiller à ce qu'aucune image compromettante de soi ne circule sur la Toile. Elle est impossible à effacer et expose au chantage.

4 - Sur les sites de vente, privilégier le règlement sécurisé proposé (Paypal sur Ebay, par exemple) et se renseigner sur les garanties en cas de litige. Une règle d'or : toujours se méfier des offres trop alléchantes.

5 - Ne jamais communiquer ses coordonnées bancaires par e-mail. Privilégier les sites officiels (banques, administrations, etc.) et les services de paiement cryptés.

6 - Surveiller l'accès des enfants à internet en installant un dispositif de contrôle parental.


LE BROUTAGE




Sur internet, il est Vincent, jeune cadre dynamique vivant dans le sud de la France. Mais l'arnaqueur se présente aussi parfois sous les traits de Virginie, jeune femme au visage lisse de mannequin pour catalogue. C'est un « brouteur », selon l'appellation ivoirienne. Au total, il possède six faux profils sur les réseaux sociaux, et douze adresses e-mail. Son pseudonyme - qu'il tient à garder confidentiel - est une contraction de son prénom et du mot alcool, car il « aime l'excès ». Le phénomène sévit depuis une dizaine d'années, faisant des victimes principalement en Europe, et plus particulièrement en France, en Suisse et en Belgique.
Il opère dans un cybercafé du quartier de Yopougon, à Abidjan, le soir et les week-ends, depuis une pièce ventilée où de simples panneaux en bois séparent les postes. Pour éviter d'être retrouvé, il n'utilise jamais son ordinateur personnel. Il se connecte uniquement en navigation privée et utilise les adresses IP d'autres pays.
Ce samedi après-midi, il discute par e-mail avec Marthe, une grand-mère qui vit en France. Elle vient justement de lui envoyer une photo d'elle avec ses petits-enfants. La technique du brouteur est rodée : en lui écrivant des mots doux, il est parvenu à lui extorquer 500 euros. Il bénéficie aussi de complicités dans une agence de transfert d'argent. « Je lui ai dit que j'en avais besoin pour dormir à l'hôtel. Au début, elle m'a dit : "Non, on ne se connaît pas assez." Puis, au bout de cinq jours, elle a craqué. Je lui ai promis qu'on se verrait après. » Il a tout dépensé en vêtements et en soirées arrosées. Et leur relation continue.
Thérapeute
Quand on lui demande s'il a des états d'âme, le brouteur répond qu'il est une sorte de thérapeute. « Les gens veulent lire ce qu'on leur écrit. Ils refusent de voir qu'il s'agit sans doute d'une escroquerie. Les Européens se sentent seuls et ont besoin d'être réconfortés. » Mais l'homme est aussi un faussaire. Histoire d'authentifier des vies virtuelles, il peut créer des confirmations de billets d'avion bidon ou de faux passeports, et reproduire des ordres de virement imaginaires. Des documents qu'il facture entre 100 et 150 euros à ses collègues.
Par email, il extorque de l'argent à une grand-mère française.
À 23 ans, il a déjà cinq ans d'expérience dans ces magouilles. Tout a commencé lorsqu'un escroc nigérian lui a demandé de traduire un e-mail. Depuis, ce programmateur, surdoué en informatique, a appris toutes sortes de combines. Ses larcins peuvent lui rapporter de 200 à 20 000 euros.
Bienfaiteur
À quelques rues du cybercafé, il retrouve ses compères du Net dans un maquis. Les brouteurs s'assemblent en « gouvernements » ou en « familles ». Sa famille compte quatre membres, qui « se réunissent souvent, échangent des idées, se soutiennent en cas de problème ». Sur la vieille table basse en bois, les bouteilles de bière s'entassent et les paquets de cigarettes se vident. « On aime la belle vie, on dort tous les soirs à l'hôtel, quand on veut une fille on paie, l'argent doit être dépensé quand on l'a, pas la peine d'attendre demain ! » frime un convive en pointant le croco de son polo vert bouteille. Sur le bar, une chaîne hi-fi passe le morceau d'un chanteur de coupé-décalé qui scande les noms de célèbres brouteurs. « On nous considère comme des bienfaiteurs. On gagne plein d'argent et on le distribue facilement autour de nous », déclare l'un des jeunes. Son voisin montre son caleçon, le briquet posé à côté de lui et la bière qu'il tient : « Tout ça, c'est les Blancs qui paient. » « C'est la dette coloniale », conclut un autre.